lundi 30 novembre 2009

Faire l'épicerie... pieds nus!

C’est tout ce qu’il y a de plus banal. Faire l’épicerie, les courses… Faut bien manger. Bon, le menu est un peu différent. La saison des mangues est officiellement commencée. Elles sont grosses et belles, pas chères et savoureuses. Y’a aussi les kiwis de Nouvelle-Zélande, toujours aussi savoureux. Y’a du chou chinois (est-ce pour satisfaire la vaste communauté? Sais pas). Et pis y’a tous ces produits identiques à chez nous, culturellement, nous sommes semblables. Ça se traduit aussi dans l’allure qu’ont les étalages d’épicerie… Rien de révolutionnaire, sinon que tout est produit national, ou presque, parce que les distances sont trop grandes et le marché trop petit pour justifier d’importer des prunes d’Afrique du Sud ou des poivrons du Chili. Et pis… y fait assez chaud pour faire de tout, ici. Bon, il y a bien le steak de kangourou, juste à côté de l’étalage de poulet… ça fait un peu australien…

Très semblable donc. À un détail près. Je suis pieds nus.

Cela n’a en soi absolument rien de révolutionnaire. Mais je suis pieds nus! Parti de la piscine de l’université, j’avais pas envie de remettre mes chaussures. Ai marché la demi-heure qui me séparait de la maison, en plus de l’épicerie. Parce qu’ici, ça se fait. Parce qu’ici, c’est plus que socialement acceptable. Ca tend vers la normalité.

Il n’est pas rare de rencontrer des nu pieds (surtout des gars, je l’avoue), un peu partout. Au centre-ville, dans le train ou le bus, à l’université (tant à l’intérieur qu’à l’extérieur…). Normal je vous dis! Au pays de l’été permanent, on a appris à faire avec! Je n’en ai pas pris l’habitude, mais j’ai l’impression que ça le deviendra!

Et pis… c’est dans la tête que ça se passe. C’est pas parce que l’été dure 1 mois au Québec qu’on devrait s’empêcher ce petit plaisir, celui de marcher, comme ça, de sentir l’herbe qui masse la plante du pied, de ne pas s’en faire. Juste de s’en foutre. Parce qu’on n’en a pas envie, de ces souliers, chauds et contraignants. Ils sont comme ça les australiens. Ne s’en font pas avec grand-chose. J’ai d’ailleurs croisé un gars qui sortait vraisemblablement la piscine, venant de se rendre compte que le magasin fermait ses portes dans quelques minutes… il était encore, disons… mouillé.

Bref, pas pour vous faire de la peine ni pour me vanter, mais c’est l’été, la neige n’est jamais tombé sur Brisbane et c’est pas cette année que ça va changer. Il a grêlé hier. Très rare y parait. Et pour les gens, de voir quelque chose de froid tomber du ciel, c’était presque mythique!

Pour ma part, j’ai un peu délaissé le blogue ces derniers jours… pas que j’aie délaissé l’écriture, bien au contraire. J’ai consacré la plus grosse partie de mon temps depuis mercredi (à raison de 8 à 10 heures par jour) à l’écriture de ma foutue revue de littérature. J’ai écrit donc. C’était juste moins intéressant que d’écrire le blogue, mais n’en demeure pas moins que j’avais un ras le bol royal de l’écran d’ordinateur lorsqu’arrivait le soir. Bon, aujourd’hui n’est pas différent des jours précédents, je fais un petit spécial. Probablement aussi… parce que j’ai fini de l’écrire. Jamais fait aussi élaboré dans le domaine. J’espère que ça passera bien, j’y compte bien!

Et pis pour le reste, je mets les bouchées doubles. Je n’ai pas beaucoup travaillé depuis le début, là il est plus que temps que je m’y mette. J’ai réalisé qu’il ne reste que 5 à 6 semaines de boulot avant la remise du rapport final. Si je veux y écrire quelque chose d’intelligent, faut que je me magne un peu là!

On reconnecte une prochaine, j’essaierai de ne pas attendre 5 jours cette fois!

mercredi 25 novembre 2009

19 ans et toutes leurs dents

Elles sont jeunes, elles ont le sens de l'aventure, de la débrouillardise, bref le sens du voyage! Je les ai rencontrées au hasard de la vie, cette vie qui est si différente lorsqu'on se balade à l'étranger...

Ce sont quelque filles (j'me fais toujours des amies filles...), devenues mes amies, que j'ai rencontrées depuis mon arrivée ici. Et je suis impressionné. Impressionné par leur parcours, par leur maturité. J'étais probablement très semblable lorsque j'avais cet âge et que je me baladais quelque part au milieu des Rocheuses, il n'en demeure pas moins que les quelques années écoulées depuis me donnent une tout autre perspective sur ces aventurières.

Toutes trois ont déjà l'expérience du voyage, une expérience à faire pâlir bien des sédentaires... Présentement en année de congé avant d'entreprendre l'université, elles ont déjà vu le monde! L'une d'elle a passé un été à Toronto avant de passer le suivant à Vancouver, l'autre a travaillé à Hawaii, et la dernière a habité un an à étudier, seule, dans le mid-ouest américain. Inutile de vous dire que leur anglais n'a pas trop de problèmes...

Mais c'est avant tout leur maturité et leur sens aiguisé du voyage, pragmatique lorsque nécessaire et complètement débridé lorsque c'est permis, qui impressionne. Pour elles, aucune gêne, aucune difficulté à entrer en contact avec les gens. Au contraire! Et pis on sent à leur contact que le voyage les a forgées, leur a appris en accéléré une dimension du monde qui met normalement des années à être assimilée. Si elles étaient déjà comme ça avant de voyager? Que c'est pour ce qu'elles sont qu'elles voyagent, et non qu'elles sont ce qu'elles sont parce qu'elles voyagent? Probablement.

Mais je crois que ce qui m'impressionne le plus, c'est leur sagesse. Et ça, ce n'est pas inné. Ca s'apprend, souvent à la dure, toujours sur le tas.

Plus concrètement, hier j'ai eu la chance de profiter des conseils d'une d'elles... 5 à 7 pour une bière, souligner son départ (aventurière = ne reste pas une éternité au même endroit...) Hier, c'était pour moi une de ces terribles journées où rien ne va, où les bras tombent, le moral ne tient plus et la pression se fait trop forte pour que j'aie envie de relever la tête... Une journée de merde.

Et pis là, assis là, à parler, j'ai senti pour une des trop rares fois qu'une personne en chair et en os, ici, à Brisbane, se sentait vraiment concernée par ce que racontait, "a person who really cares about me". For once. Positive, souriante, clairvoyante aussi, je lui dois un gros merci. Parce que à travers ses suggestion, ses commentaires et son écoute, elle m'a fait voir ma situation sous un angle un peu différent. Juste ce qu'il fallait pour me redonner un petit boost... Pour poursuivre. Et j'ai senti à travers cette conversation une maturité, une grande expérience acquise au prix de souffrances et de déceptions, normales au fil de cette solitude qui aggrémente souvent les voyages...

Cette maturité, elle n'est pas exceptionnelle. Mais habituellement, ceux et celles qui me parlent ainsi, ils sont plus vieux que moi!

Bref, le voyage forme, sans donner le choix, les difficultés passent, comme dans la vie d'ailleurs, et ne donnent pas beaucoup d'options. Faut juste passer à travers. Le voyage n'est en soit pas plus dur que la vie, si ce n'est qu'il nous demande souvent de travailler sur nous-mêmes, avec nous-mêmes, avec ce lourd sentiment de solitude.

Ce que je vis, quotidiennement, c'est un voyage au coeur de moi-même... je m'y perds souvent!

Ces filles n'auraient jamais besoin de cours de "Mondialisation 101". Comme certains l'ont oommenté, ceux qui ont déjà la piqûre n'ont pas besoin d'encouragements pour partir à la découverte du monde. Mais en réponse à ces commentaires, que je juge par ailleurs véridiques, j'ai la conviction que c'est justement pour pousser les "autres" à s'aventurer hors de leur bulle de confort qu'une "douce obligation" serait souhaitable...

lundi 23 novembre 2009

H1N1 proof

Ca y est, c'est fait. Je n'ai pas de fièvre, même pas mal au bras. Mais je l'ai. D'ici 2 semaines, mon système immunitaire m'aura rendu "H1N1 proof". Je suis vacciné.

Je ne sais pas de quoi ça a l'air en Europe, par contre j'ai entendu par les médias québécois qu'il a soufflé un quasi vent de panique sur la province depuis la fin octobre en relation avec la menace d'une pandémie et la campagne de vaccination qui l'accompagne. Si je peux me permettre un commentaire externe (forgé presque essentiellement sur ce que disent les médias, donc biaisé par leur exagération...), je trouve ça complètement fou, exagéré! Vous partagez probablement cet opinion, donc pas besoin d'argumenter. Anyway, j'en sais pas beaucoup plus.

Ce que je sais, du moins en partie, c'est comment ça se déroule en Australie... Probablement pas aussi massive que dans la belle province, il y a tout de même une vaccination à grande échelle (et gratuite) en cours. J'en ai entendu des message à la radio, pour encourager la population à aller se faire vacciner. Mais pas de manchettes à ce sujet, pas de grandes histoires incroyables... Les journaux sont muets sur le sujet.

Pas le même état d'esprit donc... Je parlais la semaine dernière de la mentalité australienne: "No worries mate!". Ca résume assez bien la manière dont se fait la vaccination, du moins là où je suis allé, à la clinique gratuite pour les employés de l'université. Première chose: pas de petits coupons gagnés au prix d'un réveil hâtif; simplement un rendez-vous pris il y a trois semaines via un site internet mis en place pour l'occasion. 13h45, 23 novembre. Arrivez 10 minutes avant, prévoyez partir 15 minutes après. Simple et efficace.

Je me pointe donc cet après-midi. Une salle de conférence. Vis-à-vis la porte d'entrée, une grande table en long. Au bout situé juste devant la porte, une pile de formulaires et quelques crayons. Plus loin, un peu pêle-mêle sur la table, le matériel de vaccination, et deux infirmières qui y ont leur poste de travail. J'entre, l'une d'elle m'indique que je dois remplir le formulaire (identification et facteurs de risques...), puis d'aller m'asseoir dans la salle... des chaises en rangée. Je remplis le formulaire. Et puis les deux infirmières, seules personnes en charge de l'opération, elles vaccinent.

J'attends mon tour, assis dans la salle. Aucun paravent ne cache la vaccination. L'infirmière questionne chaque nouveau patient, dans les règles, me semble. Mais pas plus confidentiel qu'y faut non plus. Juste là, je peux tout entendre. C'est très convivial, presque familial... Elle appelle le "next", pas nécessairement en suivant une quelconque liste de rendez-vous. A chaque nouvel appel au prochain, les quelques gens se regardent pour savoir qui est le prochain... et un se lève et y va, vite et archi simple! Et ainsi de suite...

Après les quelques questions donc, Go, on pique. 2 secondes et c'est fini. Et on retourne gentillement s'asseoir avec ceux qui attendent. "Attendez 10 minutes avant de quitter..." Personne pour me surveiller ou me dire quoi faire. Je regarde l'horloge... quand mon temps est fait, je me lève, et je pars... tout simplement. Si j'ai un choc anaphylactique, elles seront tout de même là, pas de soucis là-dessus!

Deux infirmières, organisation minimale, elles ont donné une bonne quinzaine de vaccins pendant la demi-heure où j'étais présent... Et là-dessus elles ont perdu du temps, il manquait de patients...

C'était à la bonne franquette, mais en même temps je n'ai jamais eu l'impression que les règles élémentaires étaient contournées. Mais tellement simple, tellement simple... Déconcertant. "No worries mate!" à l'australienne...

* Par rapport à chez vous, les suisses, japonnais et autres québécois... ça a l'air de quoi?!?

dimanche 22 novembre 2009

Impro

La journée de samedi était planifiée : party piscine pour célébrer le début de l’été, pour voir les amis, pour fêter la fin de l’école (pour mes colocs), pour dire au revoir à certains qui partent… Du moins c’est ainsi que je l’avais planifiée. Mais je me suis d’abord butté au manque chronique de motivation de mes colocs (qui pourtant étaient au premier abord très motivés), suivit d’un désintéressement total de la part des nombreuses personnes de mes connaissances à qui j’avais lancé l’invitation. En bref, à part moi et la piscine, y’avait personne. Seules 2 personnes avaient confirmé leur présence… J’ai annulé… à l’eau le party piscine!

Mais ce n’était pas une raison pour se morfondre à la maison, en ce samedi soir. Quoi faire. On passe en revue les différentes options. Bon, ce sera certainement aller prendre un verre. Soit. Où? Il y a Fortitude Valley, le coin des discothèques et du nightlife débridé… Pas trop mon genre, j’irai une fois, juste pour voir. Il y a la ville (the City), le centre-ville, où ce sont plutôt des bars branchés, un peu moins clubs… Et pis il y a West End, de l’autre côté de la rivière, près de l’auberge de jeunesse où j’étais à mon arrivée. Quartier alternatif, bars plus relax et gens plus relax. Ma proposition : ben oui, West End. C’est ben plus mon genre. Ici, pas de mini-jupes et de talons-échasses, d’acoutrements de clubbers. Tenue décontractée de mise. Je préfère. En Australie, pour moi, c’est babouches et shorts. Au vestiaire le dress code!

On se retrouve à West End donc, moi, Daniel et Dominique, on va rejoindre une amie québécoise fraichement arrivée qui demeure dans le quartier. On part à trois, en rejoint une quatrième. Premier arrêt : The Music Kafé. Vieux vinyles aux murs en guise de déco, affiches de concerts passés et à venir, de petits groupes émergeants. Super bon band qui joue des succès rocks, ça rentre bien, c’est bon. Et pis, assis sur notre gros divan capitonné, on est bien.

Et pis là, West End oblige, la mentalité est différente. Ou plutôt les gens sont différents. Ma voisine de fauteuil, curieuse, me demande quelle langue nous parlons. Français… « Ah » qu’elle répond. Alors, surprise! Elle enchaîne en français. Première australienne que je rencontre qui parle français, une des rares qui a voyagé pour la peine, hyper sympa. Et pis le mec qui est avec elle se retourne, se met à discuter avec nous… et même à partager son repas parce qu’on a dit que ça sentait bon. Dans le genre hyper cool, c’était bien réussi! On a discuté, de tout et de rien, avec pour une fois des australiens un ouverts, intéressés et curieux d’aller vers l’étranger plutôt que de rester cantonné dans son monde Down Under. Dans le précédent billet je parlais des vertus du voyage et de l’immersion, de ce que ça change. Ils en étaient un excellent exemple. Ouverts! Enfin!

Ah, et pis le mec m’a laissé ses coordonnées en me disant de le contacter une bonne fois, qu’il m’amènerait surfer… il a trois planches qu’il dit. Et il connaît les spots. Gooooood!

On change de bar, pour aller vers un que je connaissais déjà bien. Un pur délice. Exactement mon genre, surtout en cette chaleur estivale : une cour arrière, loin de la rue, entourée de palmiers et couverte du feuillage d’arbres, une vingtaines de tables, une bonne ambiance, une musique excellente et pas trop forte, des gens sympa. Un genre de Harper’s (bar lausannois). Mon genre.

Et pis là, ce fut le théâtre de la rencontre la plus inusitée que j’ai faite depuis longtemps. On arrive sur la terrace. Comme de fait, il n’y a aucune place libre. Tout est occupé. Tout, sauf une table, vide, bien en vue. Il y a un écriteau dessus : RESERVED. Bon. Et à ce moment précis, je me tourne vers le gars à côté de moi, que je ne connais pas. On se regarde. « Do you think of what I am thinking? » “Yes!”.

Sans plus de préambule, on s’avance et s’assoit à cette table, lui et son ami, on dissimule l’écriteau sous la table. Comme si on se connaissait. On trinque. Et alors seulement on se présente. Jolie façon de se rencontrer. Mes amis viennent me rejoindre, surpris que j’aie trouvé une table. « Vous vous connaissez? » qu’ils me demandent. « Depuis 15 secondes, oui! »

Ce fut une soirée géniale, relaxe autour d’une bière et entouré de gens sympa, une joyeux mélange de genres et de nationalités. Nous étions moi le québécois, les deux mecs, un australien et un anglais, un suisse, deux autres québécoises… et plus tard en soirée sont venus nous rejoindre des amis des amis… deux français et une autrichienne. Un regroupement d’inconnus, des rencontres faciles et agréables, comme je les aime!

Comme quoi le party piscine à l’eau n’aura pas pour autant gâché cette soirée. Prochaine fois que je vais prendre une bière? Sais pas quand. Je sais où : West End!

P.S. David, c'est au billet précédent que je faisais référence ce matin... See ya!

samedi 21 novembre 2009

Mondialisation 101

Comme toujours depuis mon arrivée ici, je lis beaucoup… je suis connecté aux médias québécois en quasi permanence. Étrange situation que d’être observateur du Québec depuis l’autre bout du monde, intéressant et instructif.

En ce sens, j’ai été interpellé par un point de vue publié en début de semaine sur le carnet de Jean-François Lisée, chroniqueur et analyste de la scène politique et internationale et ancien conseiller des premiers ministres péquistes à Québec. Son billet, « Cégep en français : un peu d’ambition que diable » plaide pour une réforme de l’enseignement linguistique au niveau collégial québécois. Je n’entrerai pas trop dans les détails, ce n’est pas l’idée… et je n’ai pas non plus envie d’argumenter sur le sujet…

Non, ce sont plutôt les commentaires des lecteurs qui m’ont fait réfléchir. En gros, Lisée propose de rendre l’enseignement « bilingue à prédominance francophone » dans tout le réseau collégial, avec plus de cours de langue seconde pendant les premiers semestres, culminant par une session intensive en immersion dans l’autre langue. Ce qui favoriserait ainsi l’apprentissage de l’anglais pour les non-anglos, tout en favorisant une meilleur maîtrise du français par tous ceux dont ce n’est pas la langue maternelle. Afin que nos « élites » de demain aient un bagage linguistique suffisamment solide, tendant vers le bilinguisme. Soit. L’idée a plein de sens. J’approuve totalement.

C’est lorsque je lis des commentaires que je résume par « faire entrer l’immersion anglaise au collégial, c’est affaiblir un peu plus le français, contribuer à son déclin », que ma pensée s’emporte. Pour une simple raison : ce que je suis.

Québécois expatrié immergé dans l’anglais (australien de surcroit!), après un an en Suisse, voyageur, découvreur, appelez ça comme vous voulez. Voilà 1 an et demi que j’ai quitté le Québec… et tout ça est loin d’avoir fait de moi un « assimilé » ou de m’avoir éloigné de mes racines. Au contraire.

Au contraire, parce que de voyager ainsi, de voir le monde, ça forge le caractère. Comment comprendre ce que nous sommes, sinon en se comparant à ce que sont les autres? Mon éloignement me montre ce qu’est un québécois, ce que je suis… et ce dont j’ai la chance de faire partie.

Le débat linguistique tel qu’il est présenté ici, il est bien. Mais un peu mou. Mou en ce sens que, comme certaines personnes le font remarquer, ce n’est pas à 18 ans qu’il est l’heure d’apprendre une langue. C’est plus tôt. Beaucoup plus tôt. J’ai eu la chance de faire partie d’un programme de langues au secondaire, j’ai donc fait plus ou moins une heure d’anglais quotidiennement pendant 5 ans. Un programme élitiste? Oui et non… 20% des étudiants en faisaient partie. Élitiste oui donc. Mais démocratisable. Lorsqu’on me demande (souvent) où ai-je donc appris l’anglais que j’utilise ici tous les jours, je me fais un malin plaisir à répondre « at school! ». C’est la vérité.

De mon point de vue, l’apprentissage des langues DOIT se faire de manière efficace au niveau secondaire. C’est là que c’est possible. Au cégep, c’est trop peu trop tard. Non. Au secondaire, c’est les langues, mais aussi la culture et l’identité « locale », québécoise, qui doivent se former.

Et depuis les quelques années où je voyage, si j’avais une chose à réformer au collégial, ce ne serait pas de faire de la dernière session une période d’immersion dans l’autre langue. Ce serait une session d’immersion ailleurs dans le monde. Là on voit, là on comprend. Là on se compare et on se forme. Suis-je moins québécois depuis que j’ai quitté le Québec? Oh que non, bien au contraire! Cette identité, elle se forge au contact de toutes ces autres identités. On s’aperçoit qu’on est différent, qu’on est chanceux.

Et on a envie d’y revenir…

C’est le message que je martèle à qui veut l’entendre depuis un an : partez, y’a rien de tel. Les européens de ma génération le font beaucoup, ils ont le continent pour ça. Le programme ERASMUS joyeusement décrit dans le film « L’auberge espagnole ». C’est ça. Ils connaissent les langues, connaissent les cultures, sont continentalisés à travers l’UE. Sont-ils moins espagnols, grecs ou tchèques pour autant?? Bien sûr que non! Ils sont au contraire plus conscients de ce qu’ils sont et ne sont pas, voient leurs différences et se forgent sur ce moule interculturel. Penser perdre son identité à travers un tel processus est une peur absurde, méconnaissante. Au contraire, ce processus la construit et la fortifie cette identité.

On plaide au Québec le bilinguisme pour tous de manière à rendre nos élites plus « fonctionnelles » dans un monde globalisé. C’est la moindre des choses! Plus que ça, mondialiser veut dire VIVRE avec le monde, pas seulement lui parler. Comprendre le monde, le reconnaître et arriver à s’y ouvrir. Bien beau de parler anglais. Mais je ne vois pas comment, même bilingue, un québécois « made in Montréal » pourra vraiment comprendre la réalité que vit un vénézuélien ou un pakistanais fraichement débarqué installé à Lévis.

Se retrouver entouré, isolé, mal compris… se retrouver dans un monde différent, où les repères bougent… ça ouvre les yeux, ça donne une claque. Ce n’est pas trop souvent douloureux, bien au contraire. Ça replace les choses dans leur contexte, ça enlève les œillères. Et ça ne s’apprend pas dans les livres ça. Ni à l’école. Il y a juste la vraie vie pour ça.

À mon humble avis, une meilleure intégration des immigrants au sein de cette nation qui est la notre, ça passe par une meilleure compréhension de la part de tout un chacun de ce qu’est justement cet autre. Envoyez tout le monde passer leur dernière session de cégep n’importe où ailleurs dans le monde, donnez leur les moyens, l’encouragement et l’encadrement pour le faire, rendez la chose facile et attrayante. Parfaite utopie, rêve en couleur? Je sais bien!

Mais j’aimerais essayer...

Juste pour voir dans 20 ans de quoi aurait l’air « l’identité québécoise » pour laquelle on semble avoir si peur. Je suis prêt à miser sur le succès sans précédent d’une telle réforme.

Parce que c’est le moyen le plus efficace que je connais de prendre conscience de ce que nous sommes et d’en être fier : aller voir ailleurs.

Quoi!?! Qu'est-ce que j'entends? Un murmure... on me répond que "je suis privilégié, que je suis chanceux, et courageux, et gnégnégnégnégné..." d'avoir fait ce que j'ai fait, que ce n'est pas si facile pour tous... et je ne sais pas quelle excuse encore.

Ma chance, je l'ai fait. J'ai travaillé fort pour, c'est vrai. Mon courage, c'est juste l'envie d'aller plus loin qui s'exprime. Tous n'ont pas cette envie. Je sais.

Mais l'immersion et le voyage deviennent nécessaires, donnons-en les moyens, faisons-en une nouvelle matière de l'enseignement général au cégep, aux côtés de la philo, le français, l'anglais et l'éducation physique: "Mondialisation 101", avec une période pratique de 4 mois obligatoire. Mettons-y des ressources, de l'encouragement, des profs, des moyens. Et attendons de voir le résultat.

mercredi 18 novembre 2009

À l'eau!

Avant :


Après :

YEAH! Enfin! Je ne dirais pas qu’elle est propre, ce serait exagéré, mais elle est salubre… il ne m’en fallait pas plus. 18h ce soir, enfin. J’en suis arrivé à la conclusion qu’il me faudrait beaucoup trop de travail pour arriver à obtenir une eau parfaitement limpide (c'est-à-dire changer le sable du filtre et trucs du genre…) Là elle est propre, je l’accepte comme telle!!! J’ai une piscine baignable. Génial!

Autre sujet, j’avais expliqué dans un billet écrit à l’été 2007 ce qu’était le polissage en métallurgie… Je n’ai pas vraiment envie de recommencer. Si je peux résumer en une phrase (ou deux!), ça va comme suit : pour observer comment les métaux sont faits de l’intérieur, on les observe au microscope… et pour ce faire, on doit observer la lumière qui y est réfléchie, d’où l’intérêt de polir l’échantillon qui nous intéresse à l’état de miroir quasi-parfait. Un travail délicat, long et… chiant. J’avais cette opinion lors de mon billet de 2007. J’ai passé l’avant-midi à polir aujourd’hui. Toujours aussi chiant! Par chance, depuis le nombre de fois que j’en fais au cours des dernières années, je deviens pro… Je déteste toujours autant, mais j’y passe moins de temps. Mais à chaque fois, je me dis « celle-là c’est la dernière, plus jamais je fais un projet où je dois polir… » J’ai hâte que ce soit vrai!

Petit clin d’œil sur lequel il faudra que j’élabore un peu plus par ailleurs : vous ais-je déjà parlé de la philosophie australienne?!? Pas que tous sont comme ça, pas du tout. Faudrait pas généraliser. Mais quand même… ça se résume très simplement en la phrase fétiche entendue à chaque occasion possible et imaginable : « No worries mate ». Là vous lisez ça et le prononcez à l’américaine, ou à l’européenne… non. En australien, c’est pareil, mais avec une patate chaude dans la bouche. Et ça donne un résultat qui concorde mieux avec l’état d’esprit qui est derrière. Y’en a pas d’problème! Don’t worry! Take it easy… Et pis, juste le fait que tout le monde soit « mate », c'est-à-dire « mon pote », ça aussi ça fait très coooooooool. Mais ici donc, on comprend assez vite que les problèmes sont rares… Chaque étranger a eu besoin d’une période d’adaptation à cette réalité… et particulièrement à cette phrase entendue partout! Normalement ce n’est pas trop long… Si tout le monde disait tout le temps « ah ben là tu vas pas me faire chier! », ce serait un peu plus intimidant. Mais là… No worries mate!

Sur ce… c’était la fenêtre australienne du jour, toujours aussi disparate.

See ya! (c’est comme « see you », mais en australien le « ou » ça fait « a »)

lundi 16 novembre 2009

Bouts de vie en Australie

Je reprends un style qui me va bien quand je ne sais pas exactement de quoi je veux parler, ou plutôt quand je veux parler de plusieurs trucs disparates… Quelques événements, observations ou réflexions qui ont parsemé mes derniers jours.

Another Farewell Party : C’est devenu la coutume, plusieurs des personnes que j’ai connues depuis mon arrivée ici, parmi les personnes de qui je suis le plus proche, partent… J’en ai déjà parlé… La plupart pour poursuivre leur aventure autour de l’Australie, Brisbane n’étant qu’une étape. Ou d’autres qui partent simplement en voyage, en vacances. C’était cette dernière situation hier, un collègue « presque » étudiant au doctorat de l’université part pour un voyage de 5 semaines… en Suisse! Très drôle comme situation, puisqu’il y a parmi le groupe de travail proche de nous pas moins de trois suisses… et pis moi, qui compte tenu de mon année passée là en suis assez connaisseur. Nous étions une dizaine, chez Tina et Bastian, le couple de suisses donc, pour un souper de départ. Assez drôle quand nous nous sommes mis à parler des trains et transports suisses, des visites, du pays… Nous y connaissons tous quelque chose. Et j’adore en parler, quel pays magnifique, je l’ai adoré, je l’adore encore! Ça fait très particulier de se retrouver dans ce milieu, finalement entouré d’un échantillon de là d’où j’arrive! (Nous sommes tous arrivés ici par le même chemin depuis la Suisse, par l’école où j’étudie, l’EPFL…) Et pis, pour vous tous, mais avec un clin d’œil particulier pour Tina, une photo :

De gauche à droite: Bastian, doctorant suisse, Younghee, post-doc coréenne avec qui je travaille souvent, Léo, 2 ans, né en Australie, fils de suisses, Daniel, collègue "master" de l'EPFL, Cheryl, assistante de recherche, Stephen, celui qui part pour la Suisse, cachée il y a Tina, autre doctorante et mère de Léo, suissesse, puis de dos il y a Steve, conjoint de Sheryl, et enfin autre Steve, responsable santé-sécurité du bâtiment de matériaux et australien super sympa...

Et pis une soirée manquée : Je disais que c’est à la mode ces jours-ci, les soirées d’au revoir. Il y en avait une autre prévue pour samedi. Johanna, l’allemande avec qui je suis allé surfer plus tôt en octobre, qui quitte pour la Tasmanie je crois. Je devais les rejoindre donc, elle et une gang… D’abord ce devait être chez quelqu’un, mais le rendez-vous était finalement dans un bar, près de la rivière, en ville… à 22h30. Pour moi qui suis debout à 6h30 tous les matins (samedi inclus, y’a pas moyen…) c’était un peu tardif. Mais bon. Sa dernière soirée à Brisbane, sa fête en plus. Je me suis laissé convaincre. Je me rends et tout, me disant que je vais me crinquer une fois sur place… Mais surprise. Mauvaise surprise… Le bar n’est pas vraiment un bar, plutôt une discothèque, un « club ». Et bref, il y a là un code vestimentaire un peu strict. Moi qui allait prendre une bière (éventuellement danser ou écouter de la musique aussi, mais pas sortir en boîte!) j’étais habillé à l’australienne (ou l’australien plutôt!), babouches, shorts et T-shirt, tout ce qu’il y a de plus normal pour un samedi soir du mois de novembre à Brisbane. Je n’avais donc pas la chemise, pantalons et souliers requis. Reviré direct à la porte. J’ai essayé en vain de joindre Johanna pour au moins qu’elle vienne me saluer, mon cellulaire était mort. Je suis donc rentré, me coucher… crevé et un peu dépité. Je n’étais déjà pas un fana des boîtes de nuit, là c’est cuit! Faudra que j’y aille une fois, pour voir. Mais je ne serai pas seul, si je me fais revirer on pourra toujours aller prendre un verre au pub d’à côté!

Une autre carte postale de coureur : Cette fois ne sont plus les eucalyptus qui encadrent la vue, mais plutôt les gratte-ciels du centre-ville de Brisbane qui se dressent, les pieds dans l’eau. À ma droite c’est le clapotis des vagues, à ma gauche le boulevard qui longe la rivière. Au dessus un des rares ponts qui enjambent le fleuve dans la capitale du Queensland. Dans la noirceur de ce samedi soir, la vision est sublime, de ces gratte-ciels, tout près, qui se détachent sur un autre ciel étoilé, sans nuages. Le CityCat poursuit sa ronde habituelle de haut en bas du fleuve, dans son ron-ron habituel et sa vitesse ahurissante. Et moi je cours. Une fois passé le coude du fleuve, c’est la grande-roue, dressée sur la rive opposée, face aux immeubles, et toute illuminée de blanc à la manière du London Eye qui nous salue de son reflet un peu timide sur la surface troublée par le vent. Comme toujours il fait bon. Comme à chaque fois que le soleil se cache, les gens sortent. Et pour une première fois, c’est dans le centre-ville d’une métropole que je cours, sans m’en rendre compte, sans même étouffer par l’air qu’on imaginerait imbuvable, caché sous l’autoroute, sur la piste cyclable du bord de la rivière.

Mes amis les animaux : j’en avais souvent entendu parler, souvent entendu bouger aussi, jamais vu. Pendant cette course, en plein centre ville, j’entends un bruit dans le feuillage. Je m’arrête, recule et tombe face à face avec deux « possums » (et pas opossums, qui sont leurs cousins américains), animaux typiques d’ici et d’îles du Pacifique. Ça ressemble à un raton, en plus petit, nez un peu aplatit et pelage brun. Ça a un peu la forme d’un kangourou aussi. Et je ne sais pas si c’est courant, mais ceux que j’ai vu étaient deux, on aurait pourtant cru à un seul animal au début : ils étaient soudés, bougeaient ensemble (peut-être même qu’un était sur le dos de l’autre). Et nous sommes restés là, eux dans leur arbuste, moi dans mes baskets, à s’observer pendant un bon 5 minutes. Pas très farouches les bébêtes. En plein centre-ville, faut peut-être le mentionner.

Novembre? C’est quoi ça!?! Novembre est officiellement passé dans ma tête du statut de mois tout gris qui s’appelle novembre à « période de 30 jours consécutifs qui porte le numéro 11 dans la séquence annuelle ». Étant un nordique, je m’aperçois que les mois sont associés dans mon esprit à des états de la météo, du monde extérieur… novembre c’est froid, c’est morose, c’est un peu de neige, c’est gris… Bon, vous connaissez, vous le vivez. Et bien dans ma tête ça devrait être comme ça. Mais là, mon novembre prend des allures de canicule (faudra m’y faire), il fera 32 et plus ces prochains jours. Et ce n’est presque rien. Et il y a des fleurs partout. Et la piscine tourne. Et les vacances scolaires commencent à la fin de la semaine… Novembre vous dites? Non : mois numéro 11. Inutile de vous décrire ma tronche ce soir lorsque j’arrive à l’épicerie, en shorts et sandales, en sueurs aussi… et que je tombe face à face avec un présentoir de tuques de Père-Noel. J’ai l’intuition que ce Noel ne sera pas comme les autres. Ca risque d’être le 25e jour du 12e mois, sans plus! Mais bon, nous aurons amplement le loisir d’en reparler! Je sens que mes yeux de nordique verront plein de trucs cocasses à raconter à propos de ça ces prochaines semaines…

Sur ce, je vous dit à tout bientôt chers amis!