mardi 10 novembre 2009

La déroute

Noirceur, sol un peu humide, aucun bruit, aucun mouvement. Le moment parfait pour tenter une sortie hors de cette cachette si réconfortante, vers ce terrain hostile dont on devine dans la pénombre certaines formes qui laissent penser à un complexe industriel. Le gros prend par la gauche, la petite prend par la droite. Parfait. Rendez-vous là bas, sous l'abris. Concentration... GO! GO! GO!

Tout baigne. Déjà la moitié du chemin parcourue, c'est si facile! Aux deux tiers, tout est sous contrôle... Objectif en vue, là, sous les canalisations. Mission en voie d'être complétée. Et pis soudain, c'est la panique. L'espace d'un instant, lumière, vacarme, cris... Merde! Pris en flagrant déli. Que faire? Pas le temps de réfléchir, pas le temps de prendre le temps. L'instinct prend le dessus. La petite, agile, tente une fuite par les hauteurs, escalade dans l'angle du mur le plus près, tandis que le gros, certes moins agile, n'a d'autre choix que de se tapir dans un coin, dans un rayon d'ombre, espérant en vain passer inaperçu. Peine perdue.

Instantanément localisé et démasqué, c'est une véritable fin du monde qui s'abat sur lui: le vacarme devient assourdissant et c'est comme si le ciel lui tombait sur la tête, sans forme, mais dont il devine la puissance et la capacité meurtrière. Pensée rapide: "si je reste, chuis cuit!" qu'il se dit. Seule option: la fuite. COURS! Dans l'angle, là, ce sera sécuritaire. Et enfin apparaît un nouveau refuge, une nouvelle cachette, sous cet énorme réservoir d'où coule un peu d'humidité, juste ce qu'il faut pour s'abreuver. Repos? Non, parce que le ciel n'a pas renoncé à tomber. Fuis, sauve qui peut! Nouvel abris temporaire, le temps de voir venir planqué dans ce qui semble être l'entrepôt d'une papeterie. Et pis enfin, le salut est en vue: le refuge d'où cette aventure a débuté, il est là, juste là. Enfin. Dernier petit sprint, esquivant une ultime tentative de meurtre venue du ciel. Plus que trois pas, deux, un... Ouf! Planqué, en sécurité dans la douceur de ce logis où il se sait intouchable...

Surprise, la p'tite est rentrée. Elle a profité de la bataille épique qui se déroulait de l'autre côté du terrain pour se faufiler discrètement. Yesss! Sains et saufs, tous les deux. La prochaine fois, on attendra quelques heures de noirceur en plus avant de sortir...

Et pendant ce temps, 1m83 plus haut, le grand roux peste contre la putain de coquerelle qui vient de disparaître entre deux planches, sous le bain...

lundi 9 novembre 2009

Témoignage

AVIS : le message qui suit raconte un incident survenu aujourd’hui, qui n’a eu aucune conséquence, mais ça aurait pu être pire. Ainsi, ce billet peut inquiéter certaines personnes, en choquer d’autres et malgré tout ne rien vous apprendre de constructif. Lisez si vous voulez mais ne m’en tenez pas rigueur, vous aurez été avertis…
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J’ai hésité. J’en parle, ou pas? J’vais inquiéter ma mère, et dans une moindre mesure plein d’autres gens aussi… Mais là n’est pas mon intention. J’écris ceci pour relater un épisode de la vie d’un métallurgiste, pour en rendre compte, pour qu’on puisse le lire un jour et dire « ah, ok. C’est vrai alors… » Pour mes amis métallos surtout, pour tous les autres si ça vous intéresse ce qu’on peut faire avec presque rien un soupçon d’eau et un peu de métal… Parce que aujourd’hui on a bien malgré nous vérifié une chose qu’on apprend dans les cours de sécurité en fonderie. On a eu un « incident » (comme un accident, mais sans blessure…). On a « un peu » fait une explosion d’aluminium liquide. Pas de panique : nous étions protégés. Et à part une petite frayeur et du métal un peu partout, tout est ok. Je vous explique…

Vous le savez peut-être, l’eau liquide, quand elle passe en vapeur, augmente de volume. Et si le volume est gardé constant, alors la pression augmente… Principe du presto ou de la locomotive à vapeur… Le volume augmente de « environ » 650 fois. Pas mal. Consigne quand on travail en fonderie : pas d’eau, jamais, nulle part. Parce que si cette eau vient en contact avec le métal liquide (donc très très chaud), elle passera automatiquement en vapeur, augmentant de volume et projetant ce qu’il y a autour, en l’occurrence le métal fondu, comme une charge explosive… Dans une fonderie donc, ne cherchez pas de robinet. Interdit de boire un Coke dans un centre de coulée aussi… De la même manière, TOUT ce qui doit entrer en contact avec le métal fondu doit au préalable être chauffé pendant suffisamment longtemps à plus de 200 degrés pour s’assurer que toute l’humidité en est partie. C’est ce qu’on apprend partout, c’est ce qu’on fait tout le temps.

Mais cet après-midi, malgré l’utilisation de nos procédures habituelles pour préchauffer les tubes que nous remplissons de métal fondu, un d’eux était encore humide à l’intérieur. On y aspire l’alu à 700 degrés, comme d’hab. Sauf que d’habitude c’est nous qui devons aspirer le métal à l’aide de la pompe. Là, la pompe pousse d’elle-même pour sortir. Et pis POUF! En un instant, nous reculons, surpris… et l’instant d’après nous nous apercevons qu’il y a de l’alu un peu partout, sur le plancher, les tables, dans le four… et un peu sur nous… Dans un rayon de 3 mètres environ, le creuset s’est vidé sous la pression engendrée par l’expansion de la vapeur d’eau restante dans le tube et son contenu s’est répandu partout, en une joyeuse explosion à 650 degrés… La question qui vient ensuite, après le pouf et le recul, après avoir ouvert les yeux et compris ce qui se passe : « Es-tu OK? » « Oui, et toi? » « Oui ». Ok alors.

Nous portions tout l’équipement de sécurité requis, comme d’habitude, et nous étions bien protégés. Tablier en cuir, sarrau, jambières de cuir, casque avec visière complète, gants jusqu’au coude… On avait tout, et c’était nécessaire. Nous n’avons rien eu de plus qu’une petite frayeur et un gros dégat! Et pis des « spots » brûlés sur les sarraus et les tabliers, un gant « plaqué alu » complètement bousillé et bon pour la poubelle… ou bon pour être exposé au mur, à titre de « leçon » pour montrer ce qui peut arriver… La leçon : toujours porter ses équipements de sécurité. Quoi faire à l’avenir pour éviter que ça n’arrive : utiliser des procédures de préchauffage encore plus longues et prudentes pour éviter tout risque, risque qui était par ailleurs, selon nos nombreuses expériences préalables, nul!

Par chance, personne d’autre n’était présent dans la fonderie, nous étions deux, attentifs et protégés par nos vêtements de sécurité. L’ais-je déjà dit : portez vos EPI. C’était 300g d’aluminium liquide, moins d’une tasse. Vous seriez surpris de voir à quel point on peut étendre une si petite quantité… partout. J’estime qu’il y avait moins de 0.1 ml d’eau liquide dans le tube, à peine un soupçon d’humidité. Ce tube, je l’avais séché à l’air comprimé avant de le placer dans un four à 700 degrés pendant plus d’une heure et demi. J’imaginais pas qu’une goutte d’eau pouvait y subsister…

Je me relis et je me dis que je suis peut-être stupide d’écrire ça… ça ne vous apprend rien et ça vous inquiète. Désolé m’man. C’est pas l’intention. Ce blogue raconte des tranches de vie, de belles et des moins belles, des bonnes et des moins bonnes. Pas de censure.

J’ai perdu mon métal, répandu un peu partout. C’est la pire conséquence. Je recommence demain matin, tout simplement. Et ce sera sécuritaire, no worries!

P.S. Et pis si mes collègues de travail lisent ça ce soir, ne vous en faites pas… J’avais l’intention de vous en parler demain… Daniel Graham est déjà au courant.

dimanche 8 novembre 2009

Ze Beach boy...

Une image vaut mille mots, quelques photos valent bien quelques pages...









Il est 20h, j'ai juste pris le temps de mettre mes trucs à sécher et de manger un peu. J'ai passé la journée dans un spot beaucoup trop difficile pour mes capacités, à me faire laver par des murs d'eau de 2m est plus en essayant tant bien que mal de les dompter!!! J'étais comme un débutant à ski, habitué aux pentes vertes, qui passe sa journée à essayer de faire du chasse-neige dans des doubles-noires... La classe. Et pis là je me sens claqué comme je ne l'ai pas été depuis très longtemps, la journée de ski à côté, c'est rien!!!

Merci à Daniel, photographe du jour...

samedi 7 novembre 2009

Clins d'oeil

Un rayon de soleil : 18h10, le ciel a sa teinte orangée quotidienne, les nuages de feu embrasés par la chaleur des derniers rayons de l’astre qui part pour la nuit… Mon rythme est bon sous les eucalyptus du « Robertson Park », pas très loin de chez moi. La course, c’est presque devenu mon quotidien. Les rayons du soleil, ils y sont toujours, ou en tout cas ils ne sont jamais cachés très loin! Mais en ce samedi soir de novembre, alors que je contourne une petite famille, un petit rayon de soleil haut comme trois pommes m’illumine. Elle a pris mon pas, ou du moins ma vitesse, de sa course mal assurée, me regarde droit dans les yeux et m’envoie le plus beau sourire troué de ses dents pas toutes poussées qui puisse exister! Je la regarde, ravi, et lui renvoie son sourire. Salue sa mère, et poursuit mon chemin… Demi-tour quelques minutes plus loin, je repasse par le Robertson Park, la petite famille est sur le chemin du retour elle aussi. Et la petite bout-de-chou est toujours fascinée par le grand gars qui court… Cette fois, je m’arrête à une barre près du trottoir pour quelques chin-up… Elle s’approche, et je ne peux m’empêcher de lui demander dans mon meilleur anglais si elle veut essayer… C'est de ça qu'elle a l'air en tout cas... Aidée de son père, j’ai donc eu de la compagnie pour mes trois chin up les plus coooools à vie!!! Radieuse, insouciante et curieuse, elle est repartie en regardant les fleurs et les canards, de son pas mal assuré d’une petite qui ne marche pas depuis très longtemps… Un très agréable rayon de soleil…

Les mascottes d’Hydro ont de la concurrence : Les collègues des porte-paroles d’Hydro-Québec ont de la concurrence! Par contre, ici ils froncent toujours des sourcils et ont sans arrêt l’air de dire qu’on agit mal dans un genre de « Rhô-lâ-lâââââ… » Point positif, chaque prise a un interrupteur bâti à même le boîtier d’où on peut ouvrir le circuit, couper le courant donc… (désolé pour la qualité de la photo, mon appareil n’a pas envie de jouer ce soir…)




Pour mes lecteurs non-québécois, Hydro-Québec est la société d’état qui fournit l’électricité à toute la province (ben oui, hydro, parce que plus de 80% de notre électricité provient de l’énergie hydraulique, les barrages suisses, aussi impressionnants soient-ils, ne sont rien à côté des barrages du nord québécois!). Ils utilisent depuis quelques années des « personnages » qui parlent dans leurs publicités de prévention et de sensibilisation à la télévision qui sont en fait… des prises de courant. Les deux fentes sont les yeux (le plus et le moins), la partie arrondie fait la bouche (mise à la terre). Une campagne bien réussie à mon avis, avec un bon brin d’humour. Je ne sais pas si on voit encore ces personnages à la télé, je n’y suis plus très fidèle! (Une image prise sur le site d’Hydro, pour vous donner une idée).





Folie porcine : je lis beaucoup sur les sites de nouvelles québécois depuis que je suis ici. Et je ne peux m’empêcher de vous parler de votre folie, la grippe et son vaccin. D’ailleurs, je préfère lui redonner son petit nom d’avant, plutôt que « la grippe A (H1N1) » qui est hyper platte et longue à écrire avec ses parenthèses et ses majuscules… et pis y’a trop de protocole là-dedans! La grippe porcine. Pourquoi pas? Enfin, toujours est-il que je trouve particulier tout le branle-bas actuel. Pas nécessairement si exagéré que ça, juste un peu fou, un peu extravagant (comme on est bon là-dedans au Québec me semble). Bon, je ne jugerai pas trop, je n’y suis pas, tout ce que j’en apprend ce sont ce que les médias en rapportent, et il semble que les médias, comme souvent, sont en partie la cause de l’affaire. Ce que je peux ajouter toutefois, c’est que l’état du Queensland, Australia, ne vit pas ça de la même façon. Il y a bien des messages réguliers aux gens, quelques avertissements, mais il faut ouvrir les yeux pour le voir, autrement on n’en entend presque rien. La première vague a frappé fort dans le sud (là où il fait froid) à l’hiver (en juin, je rappelle qu’on est dans l’hémisphère sud, tout est à l’inverse!) A Brisbane donc, climat sub-tropical, pas trop de soucis à ce niveau. Fait amusant, les employés de l’université doivent maintenant faire une « analyse de risques » s’ils doivent se rendre dans l’hémisphère nord. Une telle analyse, on la fait habituellement pour un nouveau truc fait en labo, par exemple avant de couler du magnésium, j’ai du faire une telle analyse de risques, où on peut effectivement analyser, prévoir, quantifier et en venir à contrôler les risques.... Aujourd’hui je devrais faire de même pour aller passer Noel dans le nord. Pure folie! Ah, et pis au fait : je vais me faire vacciner. J’ai un rendez-vous. Clinique de l’université, lundi 23 novembre, 1h45. Gratuit. Pas de folie. « No worries mate! ». On est en Australie, y fait chaud, c’est l’été…

Et pour finir… M’en vais à la mer demain, surfer… Quelqu’un intéressé?

mercredi 4 novembre 2009

La langue de l'autre

Don’t worry, je vais pas essayer de vous donner un cours de « french kiss », anyway, depuis quelques temps je ne pratique pu… chuis probablement pas le meilleur. Non, parlons (comme vous l’aurez compris dès le départ) de langue, de langage, de communication.

Ce matin, on me demandait dans un commentaire si la journée de la Melbourne Cup avait été l’occasion de sortir un nouveau scandale en douce pendant que le peuple festoyait… J’ai répondu que non, en ayant pris la peine de vérifier. Quand même. Tout cela pour dire qu’en fouillant à travers les pages du journal The Australian à la recherche d’un quelconque scandale croustillant, je suis tombé sur un article à propos de l’ouverture d’un nouveau programme d’immersion en langue seconde subventionné par l’état (en New-South Wales, en banlieue de Sydney je crois…) Les élèves y suivront des cours de langue seconde dès le début du primaire à raison de 90 minutes par jour. Les spécialistes indiquent que c’est plus facile de devenir bilingue quand on est jeune. Et comment! Et le détail qui change tout, les langues au choix dans ce programme : japonais, indonésien et le plus populaire, chinois.

Dès la rentrée prochaine (présentement on est à la fin de l’année scolaire…), des p’tits moutes de 6 ans, ne sachant pas encore additionner en haut de 10 et ne sachant pas écrire leur propre langue vont prendre des cours de chinois. Ils le font bien au Québec avec les nouveaux cours d’anglais. Mais du chinois. Z’avez déjà essayé vous d’apprendre le chinois? Moi j’ai abandonné avant même d’essayer. Une langue toute en intonations, en subtilités et en détails. Y’a genre 12 façon de prononcer ce qu’on dirait comme « heu » (ou whatever!), avec 12 sens différents… Une langue complexe comme j’en connais peu. Quand on dit que c’est du chinois, ça dit tout.

Mais cette réalité qui me donne un peu le vertige est tout de même très conséquente avec la réalité australienne : des asiatiques, on en voit partout. Ils prennent de plus en plus de place dans le monde, et les australiens sont sur le morceau de terre « occidentale » (vive le deuxième sens des mots!) le plus près de l’Asie, ils sont aux premières loges pour comprendre ce futur. L’Asie pousse, l’Asie grandit. Dans ce que je connais au jour le jour, en recherche universitaire, ils sont une forte majorité de chinois, plus assidus, mieux « drillés », peut-être plus masos à bosser comme des fous… Les occidentaux avons ce défaut : on compte nos heures, et quand on a fini, on fait autre chose… En recherche, où il faut une bonne dose d’autocontrôle, les asiatiques sont imbattables, du moins au niveau de la motivation. On pourra parler de la qualité du travail une autre fois.

Autre exemple plus global; j’ai lu ce matin un billet intitulé Les temps changent de Michel Cormier, correspondant de Radio-Canada à Pékin. La société d’état pétrolière chinoise vient d’acheter 60% des parts de deux des plus gros gisements de sables bitumineux de l’ouest canadien. Et ils ont fait de même un peu partout sur la planète au cours des derniers mois… Il y a quelques années, je m’étais dit que je devrais apprendre le chinois, que ça pourrait être utile… J’aurais du passer de la parole aux actes…

J’ai étudié l’internet chinois l’année dernière dans un travail à l’uni. Savez-vous que la Chine est le pays qui compte le plus d’internautes? Ils étaient 300 millions il y a 9 mois, ils doivent frôler les 400 millions aujourd’hui avec la croissance qu’on observe. Le chinois est donc en voie de supplanter d’anglais comme première langue du web. Si ce n’est déjà fait… Vous ne vous en rendez certainement pas compte, mais le web est un monde multilingue… allez sur Google China pour avoir un aperçu vite fait… Le géant qui grandit… démographie oblige, il va tout bouffer! (on ne va pas tous mourir… ou du moins pas plus vite à cause de ça. Il faut juste s’attendre à certains changements…)

Parce que c’est bien là où nous allons, dans un monde où l’anglais, celui que je me pète la tête à essayer de perfectionner, perdra de son importance au profit de la langue de ces économies surpuissantes. L’anglais reste quand même essentiel, particulièrement en Amérique du Nord… Mais faudrait commencer à faire comme les suisses… Plusieurs d’entre eux maîtrisent plus de deux langues (avec quatre langues officielles, c’est un bon début!)

La langue de l’autre, de mon point de vue, c’est souvent le chinois… Et quelle barrière. À l’heure du lunch, si vous allez un peu avant midi à la salle à manger du labo, c’est welcome to China en moins de deux. Ils peuvent tous parler anglais plus ou moins à peu près pas trop mal. Mais à 6 autour de la table avec un blanc bec, moi, j’ai mieux fait d’essayer de lire mon journal que de m’incruster dans la conversation chinoise! Et pis je les comprends de ne pas se faire chier avec l’anglais entre eux, faut pas lire ici que j’aime pas. J’ai juste à aller manger à 12h30, avec les européens…

Mais moi, petit québécois, francophone immergé par la langue nord-américaine, c’est l’anglais que je m’efforce de maîtriser. Et c’est tout à fait légitime. Pour combien de temps est-ce légitime? Là est la question! J’entendais en début de semaine en entrevue James Moore, ministre canadien de la culture et député de la région de Vancouver. Pour lui, chez lui, le chinois c’est tout près… À Toronto, les gens disent que ça envahit… (vous vous demandez d’où je tiens ça? De sources sures, d’un torontois depuis toujours, et un peu conservateur du haut de ses presque 75 ans... Oui oui, j’ai des plogues quand même!). À Montréal, on ne semble pas trop le sentir. Par contre, en Europe, j’ai senti une plus grande ouverture vers l’est, une curiosité face au géant qui pousse (pas de là à dire que l’Europe est tournée vers l’Asie, l’Europe reste surtout tournée sur elle-même et s’auto-suffit en matière de diversité!) Bref, de partout on sent que ça s’en vient, qu’il faut s’y préparer, que c’est le monde vers lequel nous allons.

Est-ce que c’est ça qu’on sent au Québec? Sais pas, pas sûr. Ca fait un bout que j’en suis parti, mais je lis tout de même assez de nouvelles de là-haut pour penser que non! Vous pourrez me donner votre avis là-dessus… (comme sur n’importe quoi que j’écris d’ailleurs! Ce billet est un opinion, vous l’aurez compris. J’ai pas la vérité absolue!) Au Québec on fait bien de protéger avant tout notre langue, c’est assez complexe comme ça, et c’est tellement essentiel à ce que nous sommes. On fait bien d’apprendre l’anglais aussi, on en est noyés (pis c’est une langue « officielle », en plus). Mais faudrait penser que les enfants de première année d’aujourd’hui, quand ils atteindront le marché du travail, ne seront pas dans la réalité que nous connaissons maintenant. C’est mon pronostic. Je me mouille.

S’avez, les américains et autres anglos ont la fâcheuse réputation de ne pas connaître d’autres langues que la leur. Pourquoi faire? Tout le monde peut les comprendre. Y ont ben raison! Et tant que les chinois considèreront que l’anglais est encore la langue du monde, ça joue, ils l’apprendront. Mais le jour où l’Empire du milieu sentira qu’il est autosuffisant, watch out! Aux oubliettes l’anglais. Mes enfants (y’en aura probablement un jour…) n’apprendront probablement pas le mandarin ou une autre langue du genre. Vont se contenter de l’anglais. Mais est-ce vraiment bien?

Ce point de vue, c’est avant tout celui d’un voyageur, exposé depuis longtemps à toute cette diversité. Combien de fois ais-je eu à sortir mon anglais à détour d’un coin de rue depuis un an et demi? Aucune idée… Tout le temps. Le jour où je devrai sortir mon chinois au coin de la rue (bon je vivrai peut-être pas assez vieux!), ce sera une autre histoire!

Parce qu’en fait, ces petits australiens qui feront des heures de chinois dès la rentrée prochaine, ils ne seront pas nécessairement de grands hommes d’affaires ou de futurs premiers ministres. Mais ils auront un sacré outil dans leur coffre!

P.S. Je me balade un peu sur le net ce jeudi matin pour tomber sur ce billet publié sur le site de La Presse... Encore des questions?

mardi 3 novembre 2009

Melbourne Cup Day

Aujourd’hui, l’Australie vivait probablement une de ses plus belles folies collectives annuelles : la coupe Melbourne. Tenue annuellement le premier mardi de novembre, c’est l’occasion de mettre, l’espace d’un moment, le pays à OFF. C’est pas des blagues, c’est tellement fou que dans l’état de Victoria (sud-est, là où se trouve Melbourne) c’est carrément une journée fériée. La journée fériée de loin la plus absurde que je connaisse… Ah, parce que je ne l’ai pas dit; la Melbourne Cup, c’est une course… de chevaux!

Ben oui. 24 chevaux, les meilleurs, qui s’affrontent à 14h pétantes dans une course de 3.2 km à l’hippodrome de Melbourne. Bourse au vainqueur : 5.5 millions de dollars, rien de moins! Une course comme ça, ça dure moins de 4 minutes. Mais je vous le jure, l’Australie s’arrête pour la regarder. Les employés s’arrêtent, les cours sont suspendus (j’vous le jure!), les écrans montrent tous la même image… Des chevals. Même pas des chevaux, des chevals… tellement c’est absurde!

Dans mon cas, à Brisbane (tout de même dans une université, à 2000 km de Melbourne), ça se traduit par un grand BBQ organisé par des gens de génie civil. Le tout est gratuit (!) et tenu dans un des halls/labo géant de génie civil (là où il y a un pont roulant et où on peut couler du béton… un labo « pour hommes ». BBQ gratuit, et pas avec n’importe quoi. On mange hamburger, avec comme viande du steak, pas haché, pas en boulettes. Du steak! On est en Australie… Le rendez-vous était à 13h, la course se tenait à 14h. On pouvait voir sur la télé l’euphorie qui envahissait l’hippodrome, les gens démesurément contents d’avoir un billet pour « l’événement ». Mais bon, c’était avant tout une raison pour les gens de l’université de se retrouver autour d’un repas communautaire, à la bonne franquette… Par contre, à 13h58, tous les yeux étaient rivés sur l’écran. La course, la première et probablement la dernière course de chevaux que je regardais de bout en bout de ma vie, était tout de même intéressante. Ça court vite un cheval! 55km/h en pointe. Sur 3 km. Quand même!

C’est finalement le numéro 21 qui a gagné. Ceux qui avaient parié dessus ont gagné, les autres ont perdu. C’est ça les course de chevaux…

Et pis bon, en discutant avec les gens du coin, on entend de drôles d’histoires à propos de la Melbourne Cup. Genre la dame qui dit qu’elle déteste les courses de chevaux, que celle-ci est la seule et unique qu’elle regarde… mais qu’elle ne la manque jamais. Allez comprendre. En fait, ça donne l’impression d’une grande communion nationale, genre la minute de silence à 11h le 11 novembre chez nous. Mais ici ce sont 4 minutes de silence observées à travers le pays… autour d’une activité sociale, sportive, apolitique. J’ai parlé à une amie québécoise qui travaillait aujourd’hui dans la cuisine d’un resto. C’était une journée super achalandée chez eux… Tout était plein. Et à 14h, même les employés de la cuisine sont sortis dans la salle à manger pour regarder la course. De mon point de vue, c’est absurde. J’la pige pas.

Y’a aussi l’autre ami australien qui explique candidement que c’est une superbe occasion crée de toute pièce pour boire et faire la fête. « Vous ne trouverez jamais en ville autant de gens saouls qu’en cet après-midi de la Melbourne Cup » En Australie, on se crée des occasions pour boire qu’il me dit. À mon avis, c’est partout pareil à ce sujet. Par contre, qu’on se crée des occasions de jours fériés, ça c’est plus inusité…

Mais finalement, cet engouement démesuré m’a quand même touché. Par la grande communion nationale qu’il crée. Les gens sortent, se rassemblent, ont le droit d’arrêter légitimement de travailler pendant quelques heures en plein mardi après-midi (pis y faisait chaud aujourd’hui!). D’une certaine façon, je suis jaloux. Bien que n’étant aucunement touché par cette ferveur que je sentais traverser l’assistance (ais-je dit que je comprends pas?!?), j’ai quand même le sentiment qu’un tel événement nous fait défaut, chez nous, que ce soit au Québec/Canada ou bien dans ce que je connais de l’Europe.

Il y a bien certains événements qui rassemblent, mais ils sont souvent politisés, et ainsi contribuent aussi à diviser. Nous avons lorsque Canadien fait les séries, mais encore, c’est restreint aux amateurs. Nous avons occupations double? Le téléjournal? Les élections? Tout le monde en parle? Non… rien que je voie, comme ça. Ce sentiment d’unité, je ne l’avais jamais ressenti avant. Tous, TOUS sont là. Même celle qui n’y comprend rien, amateur d’échecs ou champion de macramé, tous y sont. C’est fou. Une bonne dose de sport un peu absurde, de laisser-aller collectif assumé, d’un moment un peu loufoque, atypique et apolitique… Peut-être que ça nous manque? Peut-être que ce sentiment fait du bien à la société? En tout cas, il en a l’air…


Le slogan de l'événement: "The celebration that stops a nation"

dimanche 1 novembre 2009

Halloween et autres...

Une fin de semaine « relax » qui s’achève, ou je devrais plutôt dire une fin de semaine plus près de la maison que relax. Pas de grande sortie et de dodo dans la voiture, mais plusieurs petites sorties et moins de dodo au final!

Après une semaine de travail plus ou moins improductive, ou en tout cas pas à la hauteur de mes attentes, j’ai tout de même profité de mon vendredi comme si je l’avais mérité… J’avais une invitation à une dégustation de vins… Bah, ok! C’était vers 19h, avec des gens de l’université et de l’extérieur… Et pis finalement, en fin d’après-midi, je reçois une invitation à venir prendre une bière d’une fille de l’aviron. All right! Je me retrouve là donc, au bar de l’université (jamais vu un bar d’uni aussi classsssss, aussi grand et clean. Ambiance pub/lounge hyper cool... Comparativement au BarUQAC ou à Sat, c’est le grand luxe!) J’ai donc rejoins ces gens, étudiants en physio. Ca aussi c’est cool!

Parce que je me suis rendu compte depuis longtemps que je me trouve souvent et plus facilement des affinités avec les gens de science de la santé. Allez savoir pourquoi! Parce que je suis comme ça. Et pis en physio, ils sont sportifs en plus. Ca aussi ça me ressemble. Pris quelques bière là donc, nous étions trois canadiens et un australien… et pis trois d’entre nous avons finalement échoué à la dégustation de vins…

Je m’attendais à une dégustation de vins donc, de toutes les sortes. Je n’avais pas noté le détail « Sparkling » wine sur l’invitation. Du vin mousseux. Et du champagne. Bon. Moi qui suis tout sauf amateur de mousseux. C’était l’occasion de développer mon goût! Avec les bulles qui montent à la tête, les quelques bières prises avant et le « all you can drink » de ces 120 sortes de vins différents, on a rapidement été dans un « état second »… C’était ben l’fun. J’ai donc fait plus ample connaissance avec ces nouveaux amis de physio (deux canadiens, Vancouver et Calgary en fait), des gens avec qui je m’entends très bien. J’espère que nous referons des trucs ensemble, ce sera super!

Et pis justement, le gars de Vancouver m’a invité au party d’Halloween qu’il organisait chez lui hier. Nous nous sommes donc retrouvés là, c’était aussi sympa. Avec encore plus de monde de physio! L’halloween en Australie, c’est un concept assez différent de ce que je connais. D’abord, aucun enfant ou presque dans les rues. Je pense que la collecte de bonbons, c’est un truc typico nord-américain. En tout cas ici, c’est plus que marginal. Par contre, l’halloween c’est un truc pour les 20-30 ans. J’ai croisé sur mon chemin je ne sais combien de personnes costumées qui allaient à des fêtes dans les maisons… Il y avait d’ailleurs un gros truc dans la maison à côté de là où j’étais. On a fini par y migrer, c’était hallucinant. Une expérience. La maison ouverte, 60 personnes (australiens pour la plupart) déguisées qui s’en donnent à cœur joie. Et pour moi, petit franco perdu au milieu de ces âmes anglophones échauffées, c’était un sacré défi! A jeûn, les gens s’adaptent à « mes limitations » de langage. Par contre, avec quelques verres dans le nez, oubliez ça les compromis sur la langue! Ca parle vite et slang. Très bon pour l’immersion du tit québécois!

Ah, et pis l’halloween en Australie, c’est aussi et surtout l’halloween en été… Les costumes de beach boy torse nu, c’est courant. Fait même pas froid! Et tout est ouvert sur l’extérieur, y’a pas de soucis. J’ai passé ma soirée en shorts et T-shirt, pieds nus. J’aime bien l’halloween comme ça! J’étais déguisé en été… (et déguisé en mexicain… en parlant avec ma coloc dans l’après-midi, elle m’a sorti un « poncho », qui était en fait un bout de tapis rayé avec un trou pour la tête, et un sombrero comme déguisement. Simple et efficace!)

Bon, donc aujourd’hui plutôt très molo… J’ai battu mon record d’appel téléphonique au Québec. Plus de 4h! Il y avait une fête de famille chez nous, j’aurais bien aimé y être... Je m’y suis incrusté malgré mes 15000km via le téléphone (au fait, le téléphone… C’est magique, je pourrais être chez le voisin et la qualité ne serait pas différente. Aucun délai, aucun écho, rien. Communication parfaite. Ça change le monde!). J’ai parlé à tout le monde… Je n’étais pas à la table avec eux, mais c’est comme si j’avais été dans une pièce juste à côté et que j’avais eu en « entrevue » privée avec chacune des personnes présente… Très agréable, depuis le temps que je suis à l’étranger, les occasions de se parler sont rares. Faudra que je remette ça.

Et comme projet de fin de dimanche après-midi, je suis assez fier de mon coup. Faire un tour de char. Je suis parti à travers Brisbane pour aller rejoindre la côte, explorer cette zone. La mer est à environ 30 km de chez moi vers l’est, mais comme j’étais seul dans l’auto (sans co-pilote) et que je n’étais pas super concentré, j’ai fait pas mal de détours pour aller à un point même pas décidé d’avance. Sur le bord de la mer. En fait, j’ai fait comme j’adore faire quand je visite une ville (où là je suis à pieds). Avancer au hasard, et pis tourner là où ça nous semble bien, sur un coup de tête. J’ai trouvé tellement de trucs super comme ça, dans toutes les villes que j’ai vues. Des trucs qui ne sont pas touristiques, qui ne sont pas « intéressants ». Mais des trucs qui sont vrais!


Me suis rendu dans une ville qui se nomme Cleveland, qui me semble être à Brisbane ce que Ville Lorraine est à Montréal : une banlieue riche… (en tout cas c’est l’image que j’en ai!) C’était très impressionnant, les baraques, les palmiers, des maisons qui rivalisent d’originalité dans le design, la richesse… d’ailleurs, l’urbanisme des villes côtières riches d’ici est assez particulier. Des canaux vont de la mer vers les quartiers résidentiels. Ainsi, la majorité des maisons ont une rue à l’avant du terrain, et un quai à l’arrière. C’est fou! Et donc chacune de ces gigantesques maisons a une gigantesque voiture à l’avant et un gigantesque bateau à l’arrière. Ah, la vie des gens riches! (photo prise depuis la rue sur le long de laquelle j’avais simplement garé ma voiture…)


Ainsi, je me suis retrouvé en bord de mer vers l’heure du coucher du soleil. L’occasion de m’amuser avec mon appareil photo, quelques échantillons sont sur Picasa pour les intéressés. Et retour en ville donc, après trois heures de balade au hasard. Retour de noirceur, Brisbane et sont centre-ville sont sublimes de nuit. C’est toujours très beau, et particulièrement impressionnant en voiture : il y a une autoroute qui arrive depuis le sud et qui longe la rivière, au pied des gratte-ciels. La vue y est magnifique! Malheureusement (ou heureusement…), je n’ai aucune photos… je conduisais.

Mais tout de même, j’ai fait un truc que je voulais faire depuis longtemps : cherchez-y l’erreur!



Et pis, bonne nouvelle, j’ai conduit plus de trois heures et 100 kilomètres, je n’ai pas de fuites d’eau sur le moteur, pas de surchauffe non plus. Good! Ça tient! Enfin!

Sur ce, je vous souhaite une excellente semaine. Je tâcherai de me remettre à la métallurgie et d’avancer dans mon projet… et pis de vous en faire découvrir une nouvelle tranche. Je poursuis aussi sur mon entretient de piscine, elle n’est pas encore baignable mais la couleur est incomparable avec ce qu’elle était il y a deux semaines. L’eau a presque l’air bonne maintenant! J’vais m’en sortir!