dimanche 6 décembre 2009

L'anniversaire

On dit qu’il ne faut pas vivre dans le passé, qu’il faut regarder vers l’avant… C’est vrai, j’en conviens. Mais ces jours-ci, je ne peux m’empêcher de regarder en arrière aussi, un peu. Pour que les personnes concernées sachent ce que j’en pense, pour que ce soit écrit quelque part et que ça fasse partie de mes « mémoires ».

Il y a un an, nous venions d’emménager dans un superbe appartement lausannois, un appart à notre goût, un appart comme nous. Il y a un an, au début décembre, la vie à atteint un genre de top, jusqu’alors inégalé.

Partis à l’été 2008 pour l’Europe et un tour de la Méditerranée, le mois de juillet a été une occasion pour mon couple de se retrouver, de réparer les bobos d’avant… ça aura été un remède très efficace. Août 2008, installation dans un minuscule studio fourni par l’hôpital, sur l’avenue de Béthusy. A 2 dans un 15 mètres carrés, c’était une jolie gymnastique. On a bien pris le beat, travail, école, vie sans se piler sur les pieds. Pas parfaite, parce que la vie parfaite n’existe pas. Mais, disons, très agréable.

Et puis ce fameux Béthusy et ses studios bondés de québécois, ce fut le théâtre de rencontres riches et précieuses, d’amis que les hasards de la vie poussent sur notre chemin. Une foule de québécois. De vrais potes, des « meilleurs amis » à ne plus savoir quoi en faire. Tous sur la même longueur d’ondes, expatriés, sans famille autre que cette jolie gang hétéroclite unie par les liens sacrés du voyage. « Une p’tite bière? » lancé par la fenêtre du voisin d’en bas. Et hop, en 1 minute nous sommes réunis, un verre à la main, à profiter du moment présent. Une petite phrase si souvent répétée, et qui nous aura rapprochés en un éclair, à faire de ces potes de bière de solides amis. Nous étions devenus inséparables, et fous lorsque nous étions réunis. D’une belle et ô combien agréable folie.

Ça a duré quelques mois comme ça, de cette vie de résidence, avec à la fois intimité et promiscuité. Génial.

Et puis nous avons déménagé, dans cet appartement presque trop parfait, juste ce qu’il nous fallait, sans plus. Et les quelques semaines qui ont suivi ont été encore aussi riches et précieuses.

Ce fut finalement le temps de la pendaison de crémaillère, le party organisé chez nous. Une première. Une soirée mémorable, dont je conserve les souvenirs bien au chaud dans mon cœur. Tous ou presque y étaient, c’était plein, et c’était vachement agréable.

Cette soirée, c’était aussi l’ « au revoir » à Olivier, le pote de la bière, et sa blonde Chantal, qui rentraient au Québec dès le lendemain. Et Jess, ma blonde d’alors, quittait pour une semaine de farniente en Tunisie dès le matin aussi. Quelle soirée! Elle a duré jusqu’aux petites heures. Du fun à la tonne. Pour une fois, nous organisions le party comme ça, de cette envergure, avec 25 personnes qui sont toutes nos bons amis. Pour une première fois que j’espérais n’être QUE la première fois, c’était chez nous que ça se passait, avec notre monde. Je me sentais riche comme jamais.

Moi et Caro sommes allés reconduire Olivier et Chantal à la gare en début d’après-midi le lendemain. Ça sentait la fin de quelque chose… qu’on espère encore retrouver un jour ou l’autre…

Et je me suis retrouvé seul dans mon nouvel appart, à étudier comme un fou, mon inséparable Oli parti, ma blonde en voyage, sans me rendre compte que la vie venait de changer sans m’avertir.

Jess est rentrée de la Tunisie une semaine plus tard, mais y a laissé une partie de son cœur. Mon couple ne s’en sera jamais remis.

C’était il y a un an. Presque jour pour jour.

Avec du recul, je vois en cette soirée la fin d’un beau voyage et la bifurcation vers un long chemin pavé de dures émotions.

Ma vie avait atteint son climax, jamais égalé depuis. Elle était… parfaite.

Inutile d’ajouter que j’espère y revenir dans un avenir pas si lointain. Ça viendra. J’ai appris à être patient.

samedi 5 décembre 2009

Actualités et réflexions

Pffff. Le rush. Ben oui, je n’ai pas foutu grand-chose depuis le début, ou en tout cas pas assez par rapport à ce que j’ai l’habitude de faire (je l’avoue bien sincèrement, ça me donne rien de faire semblant). Conséquence : je travaille. Je n’irais pas jusqu’à dire que je travaille fort, mais je travaille longtemps. De mon mieux. J’essaie de faire quelque chose de bien, mais la barre est haute. Enfin. Tout ça pour dire que les journées sont longues, que les samedis n’existent plus et que malgré tout, la motivation est encore bien en deçà de mes espérances. M’enfin. Ne reste que quelques semaines, après c’est ça qui est ça. Je ne pourrai en conséquence pas vous raconter de grandes histoires de voyage, de beaux billets de plages et de surf. Voilà des semaines que je n’y suis plus allé. J’avais pas envie, là j’ai plus le temps. Décrire mon quotidien, ce serait parler de microscopie (encore…) et de fonderie. Bon, en fait j’avais promis que je reparlerais de mon travail, il y a beaucoup à dire, c’est vrai. Faudra que je m’y mette. Je m’y fais penser, là, comme ça. Mais pas ce soir…

Autrement, parlons d’un sujet qui semble avoir occupé l’espace médiatique cette semaine (outre le match du Canadien de vendredi que je me serais fait un plaisir de regarder… et pour lequel je suis franchement jaloux de mon p’tit frère qui était quelque part parmi les 21 273 spectateurs présents…). Sujet qui n’a aucun, mais vraiment aucun rapport avec l’Australie. Mais qui touche directement mon « ancienne vie » d’il y a quelques mois. Je parle ici des minarets en Suisse.

J’ai vu certaines réactions d’amis suisses (dont certains lecteurs de ce blogue), et surtout j’ai étrangement un contact rapproché avec la culture suisse pendant que je suis ici. Parmi les gens de l’équipe où je travaille, les suisses sont les plus représentés : ils sont trois sur 10… tous issus de l’EPFL, comme moi qui suis ainsi un mi-suisse (au moins dans le « pourquoi je suis ici »). De ces suisses, deux originaires de suisse alémanique. Ainsi, je suis plus en contact, je découvre plus la culture suisse-allemande ici, en Australie, alors qu’à Lausanne, en Suisse romande, je n’ai connu que des romands.

Vous en avez probablement entendu parler, de ce référendum en Suisse dimanche dernier. Leur système de démocratie directe (i.e. toute personne, à condition d’amasser un nombre suffisant de signatures, peut soumettre une question à la votation populaire…) a bien du bon. Parfois du moins bon aussi. Mais personnellement, je trouve qu’il a plusieurs avantages (je n’élaborerai pas là-dessus, mais si on avait un mécanisme de ce genre, de votation populaire facilitée, il n’y aurait pas toute l’histoire à propos d’une commission d’enquête sur la construction au Québec. On voterait, et on l’aurait. Point.) Bon, à ce référendum donc, la Suisse a voté à 57% pour interdire la construction de minarets. Mouvement raciste? Xénophobe? Extrémiste? Tous les qualificatifs ont été entendus. Je ne me prononce pas. Mais l’interprétation mérite quelques précisions.

D’abord, fait le plus important, le clivage qui s’exprime à la frontière de Rusti, la limite entre la Suisse romande et la Suisse alémanique. Sur les 26 cantons, 22 ont accepté l’interdiction, 4 l’ont refusé. De ces 4, trois sont les principaux cantons de Suisse romande, Genève, Vaud et Neuchâtel. On peut ainsi dire bêtement que les romands sont plus ouverts, plus progressistes… Probablement. Ils avaient voté en faveur de l’accession à l’Union européenne, les romands. Ce sont les allemands qui avaient refusé, faisant de la Suisse une île au milieu de l’Europe des 27.

Plus personnellement, observer la réaction de mes amis et connaissances donne un peu le même point de vue. Les francophones, outrés, ont carrément honte, allant même jusqu’à proposer de vendre leur passeport (symboliquement, on s’entend) Les allemands (bon je généralise, parce que une suisse-allemande en particulier qui lira ceci ne sera pas d’accord avec ce que je vais écrire) sont plus conservateurs, ou du moins plus « démocrates ». Commentaire entendu plus d’une fois : la démocratie a parlé, sans équivoque, il faut la respecter. A mon sens, c’est une manière de se cacher derrière un prétexte pour ne pas prendre position ouvertement, exprimer son opinion en faveur de l’interdiction clairement.

J’ai entendu toutes sortes d’analyses cette semaine. La plupart sont justes, et bien fondées. Mais à tous ceux qui disent que si un tel vote avait lieu ailleurs dans le monde occidental, un tel résultat serait plausible. A cela, je mets un bémol. Prenant exemple de la Suisse-romande, je ne suis pas certain qu’un autre pays latin prendrait la même direction que la Suisse entière. La Suisse allemande est différente, pas meilleure ou pire à mon avis. Mais différente. On le sent dans la rue, dans les gens, dans l’air. La démocratie directe, elle est avant tout suisse-allemande. Les banques aussi.

Les points de vue sur la question des minarets restent très partagés. Outre le clivage linguistique, il y a sans aucun doute une grande différence générationnelle, tout comme une méconnaissance de l’autre culture qui, à défaut, fait peur.

Et si, dans 100 ans, les musulmans (au nombre de 400 000 en Suisse actuellement) devenaient majoritaires ou plutôt que les purs suisses devenaient minoritaires suite aux flux migratoires? Et si un référendum avait lieu sur l’interdiction des clochers de villages, tant catholiques que protestants? Drôle d’image… Pourtant… ce serait alors inscrit dans la constitution…

P.S. A tous, et plus particulièrement vous les suisses qui me lisez, ne vous gênez surtout pas apporter votre grain de sel ou contredire ce que j’écris… ça me fera plaisir de vous entendre.

jeudi 3 décembre 2009

De la dinde pour déjeuner

C’était comme l’action de grâces ce matin. Il y avait une jolie surprise qui m’attendait dans la cuisine. De la dinde. Fait plutôt inhabituel dans une maison d’étudiants où les pâtes sont souvent au menu… Ou devrais-je plutôt dire UNE dinde. Avec toutes ses viscères, ses plumes, même la tête, 2 pattes. Elle était même pleine de vie!

C’est un bruit un peu suspect qui m’a alerté. Un genre de « BOUM » d’un truc qui tombe. Pas normal. Et sachant par le bruit d’où venait l’événement (en l’occurrence le garde-manger), je n’ai pas mis longtemps à comprendre ce qui se passait… Me suis approché pour tomber face à face avec une ces « brush turkeys », ces animaux sympathiques qu’on voit partout… Heureusement, elles sont aussi hyper farouches, elle n’a donc pas hésité à reprendre le chemin de la sortie en me voyant. Seul regret, j’ai pensé en la voyant se sauver que j’aurais au moins du prendre mon appareil photo, essayer de figer le moment. Mais bon. Le gars n’était pas tout à fait réveillé faut croire.

Comment elle est arrivée là? Ben, comme tout visiteur. Par la porte! Ben oui, il y a une porte qui donne dans la cuisine. Et comme on est en Australie et qu’il fait toujours chaud, ben elle est toujours ouverte. Parfois on la ferme, quand on y pense. Mais plus souvent qu’autrement, elle reste ouverte…

C’est la deuxième fois que j’ai connaissance d’une visite « dindesque » dans la cuisine. C’est sans compter toutes les fois où je ne suis pas là, considérant que je passe mes journées à l’extérieur.

P’t’être qu’on pensera à fermer les portes. Pas tant pour les voleurs. Juste parce que de la merde de dinde c’est chiant (!) à ramasser. Et ça pue.

mardi 1 décembre 2009

Mount Coot-tha blues

Un gratouillement de guitare, blotti au creux du vent. C’est ce qui meuble la solitude de cette fin d’après-midi morose. Quelques accords, maladroits et timides, grappillés au hasard dans un répertoire imaginaire.

Il fait un de ces temps qu’on ne pourrait décrire, ni bon, ni mauvais. Les nuages font la course folle, semblent se sauver du Pacifique pour trouver refuge dans le désert. Et le soleil, leur donnant un panache de feu, les invite à disparaître avec lui vers l’horizon. Dans leur vol acrobatique, les pies s’en donnent à cœur joie, profitant du vent en nous montrant tout ce qu’il y a de beau à voler, à tournoyer, pendant que nous, bipèdes sans plumes, ne pouvons qu’admirer la démonstration.

Du haut de ce promontoire, surplombant la ville et son fleuve, la vue n’apporte ni la paix ni la sérénité escomptée. Belvédère sur la ville, belvédère sur la vie. Depuis cet observatoire, c’est tout un état d’âme qui est peint jusqu’à perte de vue.

Gratte-ciels, visant les cieux, symbole de puissance et de succès. Méandres tranquilles, le calme et la sérénité d’un paysage doux et sans histoire. Peuplements jusqu’à perte de vue, une jolie métropole, calme mais dynamique, qui s’étend juste là.

Et ce ciel, gris, vivant, rugissant. Ce ciel qui semble perdu, pris au cœur d’un tourbillon dont personne ne connaît l’issue. Tout s’affole. Des cumulus passent, vont et viennent, laissant au hasard quelques rayons de ciel bleu baigner la terre des hommes, pendant que le crépuscule hésite à partager un peu de sa chaleur.

En ce haut lieu du tourisme local, c’est une pléiade d’étrangers venus du « Far North » qui contemple ce décor emprunté du sud. Des asiatiques, des espagnols, des italiens… mais avant tout des français. Ou plutôt des parisiens. Des vrais. Hautains dans leurs commentaires, prétentieux dans leur manière d’être. Autosuffisants. Chiants.

Au cœur de ce mélange, c’est mon âme qui trouve son reflet. Aspirée dans un tourbillon de grisaille, où quelques rayons de soleil viennent de temps à autre montrer que la couleur du décor n’est pas figée au terne. Il y a bien ces gratte-ciels qui montrent tout le potentiel d’aller plus haut, plus loin. Et pis ce fleuve imperturbable, cette vie qui coule, tranquille, vers la mer et son infinie beauté, à quelques lieues de là.

Et y’a cette solitude, que les cousins s’évertuent à exacerber. Ces français, quelque mètres au dessus du guitariste amateur, qui n’ont rien de mieux à faire que de se lancer un « je te donne 10$ si tu craches en bas et que tu lui arrives dessus ». Et ces mêmes cousins aliénés d’enchaîner par un « rhô p’tain » gêné après que le musicien timide leur ait répondu par un « Salut mes tabarnak, comme ça vous parlez français aussi?!? * »



* En français dans le texte

** Il est recommandé de cliquer sur les photos pour les voir en taille réelle...

lundi 30 novembre 2009

Faire l'épicerie... pieds nus!

C’est tout ce qu’il y a de plus banal. Faire l’épicerie, les courses… Faut bien manger. Bon, le menu est un peu différent. La saison des mangues est officiellement commencée. Elles sont grosses et belles, pas chères et savoureuses. Y’a aussi les kiwis de Nouvelle-Zélande, toujours aussi savoureux. Y’a du chou chinois (est-ce pour satisfaire la vaste communauté? Sais pas). Et pis y’a tous ces produits identiques à chez nous, culturellement, nous sommes semblables. Ça se traduit aussi dans l’allure qu’ont les étalages d’épicerie… Rien de révolutionnaire, sinon que tout est produit national, ou presque, parce que les distances sont trop grandes et le marché trop petit pour justifier d’importer des prunes d’Afrique du Sud ou des poivrons du Chili. Et pis… y fait assez chaud pour faire de tout, ici. Bon, il y a bien le steak de kangourou, juste à côté de l’étalage de poulet… ça fait un peu australien…

Très semblable donc. À un détail près. Je suis pieds nus.

Cela n’a en soi absolument rien de révolutionnaire. Mais je suis pieds nus! Parti de la piscine de l’université, j’avais pas envie de remettre mes chaussures. Ai marché la demi-heure qui me séparait de la maison, en plus de l’épicerie. Parce qu’ici, ça se fait. Parce qu’ici, c’est plus que socialement acceptable. Ca tend vers la normalité.

Il n’est pas rare de rencontrer des nu pieds (surtout des gars, je l’avoue), un peu partout. Au centre-ville, dans le train ou le bus, à l’université (tant à l’intérieur qu’à l’extérieur…). Normal je vous dis! Au pays de l’été permanent, on a appris à faire avec! Je n’en ai pas pris l’habitude, mais j’ai l’impression que ça le deviendra!

Et pis… c’est dans la tête que ça se passe. C’est pas parce que l’été dure 1 mois au Québec qu’on devrait s’empêcher ce petit plaisir, celui de marcher, comme ça, de sentir l’herbe qui masse la plante du pied, de ne pas s’en faire. Juste de s’en foutre. Parce qu’on n’en a pas envie, de ces souliers, chauds et contraignants. Ils sont comme ça les australiens. Ne s’en font pas avec grand-chose. J’ai d’ailleurs croisé un gars qui sortait vraisemblablement la piscine, venant de se rendre compte que le magasin fermait ses portes dans quelques minutes… il était encore, disons… mouillé.

Bref, pas pour vous faire de la peine ni pour me vanter, mais c’est l’été, la neige n’est jamais tombé sur Brisbane et c’est pas cette année que ça va changer. Il a grêlé hier. Très rare y parait. Et pour les gens, de voir quelque chose de froid tomber du ciel, c’était presque mythique!

Pour ma part, j’ai un peu délaissé le blogue ces derniers jours… pas que j’aie délaissé l’écriture, bien au contraire. J’ai consacré la plus grosse partie de mon temps depuis mercredi (à raison de 8 à 10 heures par jour) à l’écriture de ma foutue revue de littérature. J’ai écrit donc. C’était juste moins intéressant que d’écrire le blogue, mais n’en demeure pas moins que j’avais un ras le bol royal de l’écran d’ordinateur lorsqu’arrivait le soir. Bon, aujourd’hui n’est pas différent des jours précédents, je fais un petit spécial. Probablement aussi… parce que j’ai fini de l’écrire. Jamais fait aussi élaboré dans le domaine. J’espère que ça passera bien, j’y compte bien!

Et pis pour le reste, je mets les bouchées doubles. Je n’ai pas beaucoup travaillé depuis le début, là il est plus que temps que je m’y mette. J’ai réalisé qu’il ne reste que 5 à 6 semaines de boulot avant la remise du rapport final. Si je veux y écrire quelque chose d’intelligent, faut que je me magne un peu là!

On reconnecte une prochaine, j’essaierai de ne pas attendre 5 jours cette fois!

mercredi 25 novembre 2009

19 ans et toutes leurs dents

Elles sont jeunes, elles ont le sens de l'aventure, de la débrouillardise, bref le sens du voyage! Je les ai rencontrées au hasard de la vie, cette vie qui est si différente lorsqu'on se balade à l'étranger...

Ce sont quelque filles (j'me fais toujours des amies filles...), devenues mes amies, que j'ai rencontrées depuis mon arrivée ici. Et je suis impressionné. Impressionné par leur parcours, par leur maturité. J'étais probablement très semblable lorsque j'avais cet âge et que je me baladais quelque part au milieu des Rocheuses, il n'en demeure pas moins que les quelques années écoulées depuis me donnent une tout autre perspective sur ces aventurières.

Toutes trois ont déjà l'expérience du voyage, une expérience à faire pâlir bien des sédentaires... Présentement en année de congé avant d'entreprendre l'université, elles ont déjà vu le monde! L'une d'elle a passé un été à Toronto avant de passer le suivant à Vancouver, l'autre a travaillé à Hawaii, et la dernière a habité un an à étudier, seule, dans le mid-ouest américain. Inutile de vous dire que leur anglais n'a pas trop de problèmes...

Mais c'est avant tout leur maturité et leur sens aiguisé du voyage, pragmatique lorsque nécessaire et complètement débridé lorsque c'est permis, qui impressionne. Pour elles, aucune gêne, aucune difficulté à entrer en contact avec les gens. Au contraire! Et pis on sent à leur contact que le voyage les a forgées, leur a appris en accéléré une dimension du monde qui met normalement des années à être assimilée. Si elles étaient déjà comme ça avant de voyager? Que c'est pour ce qu'elles sont qu'elles voyagent, et non qu'elles sont ce qu'elles sont parce qu'elles voyagent? Probablement.

Mais je crois que ce qui m'impressionne le plus, c'est leur sagesse. Et ça, ce n'est pas inné. Ca s'apprend, souvent à la dure, toujours sur le tas.

Plus concrètement, hier j'ai eu la chance de profiter des conseils d'une d'elles... 5 à 7 pour une bière, souligner son départ (aventurière = ne reste pas une éternité au même endroit...) Hier, c'était pour moi une de ces terribles journées où rien ne va, où les bras tombent, le moral ne tient plus et la pression se fait trop forte pour que j'aie envie de relever la tête... Une journée de merde.

Et pis là, assis là, à parler, j'ai senti pour une des trop rares fois qu'une personne en chair et en os, ici, à Brisbane, se sentait vraiment concernée par ce que racontait, "a person who really cares about me". For once. Positive, souriante, clairvoyante aussi, je lui dois un gros merci. Parce que à travers ses suggestion, ses commentaires et son écoute, elle m'a fait voir ma situation sous un angle un peu différent. Juste ce qu'il fallait pour me redonner un petit boost... Pour poursuivre. Et j'ai senti à travers cette conversation une maturité, une grande expérience acquise au prix de souffrances et de déceptions, normales au fil de cette solitude qui aggrémente souvent les voyages...

Cette maturité, elle n'est pas exceptionnelle. Mais habituellement, ceux et celles qui me parlent ainsi, ils sont plus vieux que moi!

Bref, le voyage forme, sans donner le choix, les difficultés passent, comme dans la vie d'ailleurs, et ne donnent pas beaucoup d'options. Faut juste passer à travers. Le voyage n'est en soit pas plus dur que la vie, si ce n'est qu'il nous demande souvent de travailler sur nous-mêmes, avec nous-mêmes, avec ce lourd sentiment de solitude.

Ce que je vis, quotidiennement, c'est un voyage au coeur de moi-même... je m'y perds souvent!

Ces filles n'auraient jamais besoin de cours de "Mondialisation 101". Comme certains l'ont oommenté, ceux qui ont déjà la piqûre n'ont pas besoin d'encouragements pour partir à la découverte du monde. Mais en réponse à ces commentaires, que je juge par ailleurs véridiques, j'ai la conviction que c'est justement pour pousser les "autres" à s'aventurer hors de leur bulle de confort qu'une "douce obligation" serait souhaitable...

lundi 23 novembre 2009

H1N1 proof

Ca y est, c'est fait. Je n'ai pas de fièvre, même pas mal au bras. Mais je l'ai. D'ici 2 semaines, mon système immunitaire m'aura rendu "H1N1 proof". Je suis vacciné.

Je ne sais pas de quoi ça a l'air en Europe, par contre j'ai entendu par les médias québécois qu'il a soufflé un quasi vent de panique sur la province depuis la fin octobre en relation avec la menace d'une pandémie et la campagne de vaccination qui l'accompagne. Si je peux me permettre un commentaire externe (forgé presque essentiellement sur ce que disent les médias, donc biaisé par leur exagération...), je trouve ça complètement fou, exagéré! Vous partagez probablement cet opinion, donc pas besoin d'argumenter. Anyway, j'en sais pas beaucoup plus.

Ce que je sais, du moins en partie, c'est comment ça se déroule en Australie... Probablement pas aussi massive que dans la belle province, il y a tout de même une vaccination à grande échelle (et gratuite) en cours. J'en ai entendu des message à la radio, pour encourager la population à aller se faire vacciner. Mais pas de manchettes à ce sujet, pas de grandes histoires incroyables... Les journaux sont muets sur le sujet.

Pas le même état d'esprit donc... Je parlais la semaine dernière de la mentalité australienne: "No worries mate!". Ca résume assez bien la manière dont se fait la vaccination, du moins là où je suis allé, à la clinique gratuite pour les employés de l'université. Première chose: pas de petits coupons gagnés au prix d'un réveil hâtif; simplement un rendez-vous pris il y a trois semaines via un site internet mis en place pour l'occasion. 13h45, 23 novembre. Arrivez 10 minutes avant, prévoyez partir 15 minutes après. Simple et efficace.

Je me pointe donc cet après-midi. Une salle de conférence. Vis-à-vis la porte d'entrée, une grande table en long. Au bout situé juste devant la porte, une pile de formulaires et quelques crayons. Plus loin, un peu pêle-mêle sur la table, le matériel de vaccination, et deux infirmières qui y ont leur poste de travail. J'entre, l'une d'elle m'indique que je dois remplir le formulaire (identification et facteurs de risques...), puis d'aller m'asseoir dans la salle... des chaises en rangée. Je remplis le formulaire. Et puis les deux infirmières, seules personnes en charge de l'opération, elles vaccinent.

J'attends mon tour, assis dans la salle. Aucun paravent ne cache la vaccination. L'infirmière questionne chaque nouveau patient, dans les règles, me semble. Mais pas plus confidentiel qu'y faut non plus. Juste là, je peux tout entendre. C'est très convivial, presque familial... Elle appelle le "next", pas nécessairement en suivant une quelconque liste de rendez-vous. A chaque nouvel appel au prochain, les quelques gens se regardent pour savoir qui est le prochain... et un se lève et y va, vite et archi simple! Et ainsi de suite...

Après les quelques questions donc, Go, on pique. 2 secondes et c'est fini. Et on retourne gentillement s'asseoir avec ceux qui attendent. "Attendez 10 minutes avant de quitter..." Personne pour me surveiller ou me dire quoi faire. Je regarde l'horloge... quand mon temps est fait, je me lève, et je pars... tout simplement. Si j'ai un choc anaphylactique, elles seront tout de même là, pas de soucis là-dessus!

Deux infirmières, organisation minimale, elles ont donné une bonne quinzaine de vaccins pendant la demi-heure où j'étais présent... Et là-dessus elles ont perdu du temps, il manquait de patients...

C'était à la bonne franquette, mais en même temps je n'ai jamais eu l'impression que les règles élémentaires étaient contournées. Mais tellement simple, tellement simple... Déconcertant. "No worries mate!" à l'australienne...

* Par rapport à chez vous, les suisses, japonnais et autres québécois... ça a l'air de quoi?!?